Les « africains » sont-ils « afrophobes »?

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expulsions congolaisEntre Kinshasa et Brazzaville, c’est comme entre Berlin Est et Berlin Ouest.  En guise de mur de Berlin, le fleuve Congo. Si le mur allemand est tombé en 1989, le fleuve Congo, lui, est en train de se transformer en forteresse ces derniers jours.  En effet, le  Congo Brazzaville vient d’expulser 15 000 congolais de la RDC.   La violence de l’opération (toujours inexpliquée), en cours au 25 avril, est dénoncée par le  vice-président de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), Dismas Kitenge, qui demande  à Kinshasa, étrangement muette, de protester officiellement auprès de Brazzaville.  Pour l’heure, Brazzaville est avare en paroles.

L’opération surnommé «Mbata ya mikolo» (gifle des aînés) n’est malheureusement pas isolé dans une Afrique où le repli nationaliste confine au racisme et à la xénophobie orientée spécialement vers les africains.  Ainsi, l’Angola, qui se bombe le torse en annonçant l’arrivée « massive » de migrants portugais à la recherche du travail a quand même expulsé  plus de 4 000 congolais depuis janvier 2014 au motif qu’ils étaient irréguliers et qu’ils représentaient une menace pour sa sécurité. L’argument sécuritaire est souvenu brandi pour expliquer des expulsions massives.  Le Gabon a annoncé l’année dernière recourir à l’expulsion des étrangers coupables de délits, une fois leur peine purgée. Pour restreindre le flux migratoire, le pays a instauré une système de taxation à l’entrée et à la sortie, en plus du visa et de la carte de séjour. Déjà, en  2002, ce pays qui aspire à l’émergence  a chassé 900 pêcheurs béninois. En 2010, ce sont 3 500 orpailleurs qui sont chassés de la mine de Minkébé et qui ont trouvé refuge au Cameroun.  Ces expulsions ont aussi lieu en Guinée Equatoriale.

Une vaste opération de contrôle avait été lancé en 2013 pour arrêter les étrangers en situation irrégulière. Commentaire d’un policier anonyme recueilli par AFP « « Notre pays est en train d’être envahi par les étrangers, et ces derniers causent, comme d’habitude, de nombreux problèmes : falsification de documents, vols, etc.» C’est toujours la même peur de l’étranger. Les mêmes préjugés  qui ont conduit à des tragédies planétaires il y a 70 ans. En Afrique, ces explusions sans respect de la dignité humaine se sont banalisées.  Les intellectuels africains sont plus prompts à se mobiliser pour un africain expulsé de Paris que pour des milliers de congolais expulsés du Congo B.  Quant aux gouvernants, ordonnateurs de ces expulsions, il se réuniront dans quelques mois à l’occasion du sommet de l’Union Africaine pour réaffirmer la fraternité et la solidarité africaine.

 

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