Balla Moussa Keita. (Photo Vincent Fournier).

Les chroniques du prince Mandingue

Par Balla Moussa Keita.


Abidjan, juin 1989. Le mur de Berlin est tombé la même année. La radio soufflait la Perestroïka aux airs de « The Wall» de Pink Floyd. L’image du jeune chinois agitant son mouchoir face à un char tel David contre Goliath nous a tous télédeportés sur la mythique place de Tian’anmen  qui n’était finalement pas si loin pour qui avait écouté le fameux discours chantonnant de la Baule de cette année –là face à des Kérékou, Mobutu et autres présidents  de partis uniques qui allaient être emportés par les vents de l’Est.


Cela fait 5 mois que je travaillais à l’Agence Africaine de Presse (AAP), une agence d’édition et de publicité qui la menait rondement. En plus des supports nationaux, elle était aussi chargée d’éditer le Balafon, le journal de bord de la défunte compagnie Air Afrique. L’Agence Africaine de Presse couvrait 15 pays francophones africains et 13 de ces pays étaient déjà attribués aux employés qui étaient là  avant moi et qui marquaient leurs territoires comme les grands fauves, ne laissant au novice que j’étais que le regard furtif d’une secrétaire au teint d’un noir vermeil rappelant l’éclipse lunaire en pays Agnan ou au Walo du Sénégal avec des yeux étoilés éclairant ce paysage sahélien interdit.    Ah la belle époque !


N’arrivant pas à gagner suffisamment ma vie, j’eus le courage de demander au Directeur Général, Monsieur Claude Matarasso, un français d’Afrique, qui me répondit sur le champ, que les seuls pays qui n’étaient pas attribués étaient la Guinée et le Gabon. Sauf que, ajouta-t-il avec un hochement d’épaules, qu’il n’était pas question de faire le Gabon car chaque fois qu’il y a envoyé un quidam, il s’était fait refouler. La première fois c’était un français, parti d’Abidjan le matin et revenu le soir même. Puis ce fut un camerounais qui pour être bien traité, a été refoulé le lendemain non sans quelques frayeurs. Fort de toutes ces mésaventures, pour Monsieur Matarasso, il ne fallait jamais plus lui parler du Gabon. Catégorique.

Tranquillement, sans sourciller, il me répondit non et non. Je me levai sans broncher et retournai à mon bureau, atterré par la réponse reçue. Je m’efforçais cependant de rester lucide. 

Un guerrier mandingue n’abdique jamais


Fallait-il abandonner ? Non, un guerrier Mandingue ne doit jamais abdiquer. Comme dit Wole Soyinka, «le tigre ne proclame pas sa tigritude, il bondit sur sa proie et l’avale». D’où ma détermination ! Comme l’on dit à Abidjan : «c’est l’homme qui a peur, sinon y a rien…».
Rentré chez moi, après mûre réflexion, j’eus l’intuition en tant que croyant de jeûner 3 trois jours afin que Dieu m’accordât  sa grâce pour qu’enfin mon dg accède à ma demande : avoir le Gabon comme portefeuille. 
Une fois les 3 jours de jeûne terminés, je me présentai au secrétariat pour rencontrer une énième fois mon cher patron lequel, calmement, m’ordonna de rentrer, m’invita à m’asseoir et me dit : «je t’écoute».
– Claude, une fois de plus, je tiens à aller à Libreville, si vraiment c’est parce que vous ne voulez pas financer mon voyage, je vous prie tout juste de me donner le billet et le reste je m’en charge !
Je savais que mon cher patron était un peu radin, donc je devais le connaître psychologiquement. Il me fixa longuement, et me donna rendez-vous le lendemain.
Revenu le rencontrer comme convenu, il me reposa la question de savoir ce que je voulais.

 
Un  mois après, je revins  à la charge en m’introduisant dans le bureau du DG sans attendre le OK de rigueur de son assistante qui courut en vain derrière-moi, craignant que mon incartade ne retombasse  sur elle et sur son salaire. Surpris de mon irruption, le DG me regarda avec cet air courroucé qui signifie pour l’employé «une mise à pied» dans le meilleur des cas.   Avant  même qu’il me demanda l’objet de ma visite, je m’assis  en face de lui sans permission: «Claude, je vous ai écouté religieusement la dernière fois par rapport au Gabon, mais cela n’a en rien entamé ma détermination: laissez moi aller au Gabon ! je m’appelle Balla Moussa KEITA et je n’ai pas la même étoile que ceux qui  se sont fait refouler. Accorde moi une chance. A chacun son destin… ».

Le oui sceptique du DG et les enveloppes présidentielles  

je tiens au Gabon, lui dis-je.  Il me regarda et me dit: «vous êtes tenace et fougueux. Vous me faites penser à moi-même quand j’avais votre âge. Voici votre billet»! Il tira son tiroir, sortit le billet et le déposa devant moi sur son bureau. Irradié de joie, je pris le titre de transport sans lui dire merci, sorti précipitamment de son bureau pour aller l’enfermer dans mon tiroir… et revint  lui dire ceci : «Merci Claude ! Mais dites moi, vous n’allez pas me laisser partir sans argent comme frais de mission ?».


– Hummm, Balla Moussa, rends moi mon billet, répondit-il avec un sourire carnassier.
– Ne m’as-tu pas dit que le billet te suffisait et que tu n’avais pas besoin d’argent? 

J’avais bien deviné sa réponse, c’est pourquoi j’avais mis le billet à l’abri…
– Claude s’il vous plaît, j’aurais besoin d’argent car le Gabon est un pays très cher. J’ai dû le supplier pendant une bonne trentaine de minutes avant qu’il me dise d’aller voir le comptable qui était encore plus pingre que lui. Finalement, je reçu en tout et pour tout 100 000 fcfa. Je n’avais pas d’autre choix que d’accepter cette modique somme! Je me réjouis en me disant que j’avais gagné mon premier combat !
Maintenant la balle était dans mon camp, je devais prouver que j’étais capable!

 En route, avec pour viatique les 3 oirs

 Pour bien préparer mon voyage, je me résolu à informer certains de mes amis: je mis  en application une phrase que j’ai toujours entendu de feu mon père (paix à son âme) : «la meilleure richesse  c ‘est la relation humaine. Quand on a les hommes, on a les 3 oirs: le savoir, le pouvoir, et l’avoir.
C’est ainsi que j’ai appelé mon ami Yves Zogbo Junior, un animateur télé, le plus talentueux de sa génération, qui avait un enfant avec une fille Bongo. il me confia la photo en poster de sa fille à remettre à Libreville. Ensuite, un autre ami, Yves Bra Kanon, me recommanda à Mme Chantal Myboto qu’il fréquenta en France.

Une recommandation n’étant jamais de trop sous les tropiques, Mme Enise Kanaté, journaliste à Radio Côte d’Ivoire, me confia du courrier à l’intention de Mme Laure Gondjout, assistante personnelle du Président Omar Bongo. Mme Kanaté avait eu à faire la connaissance de Mme Gondjout quand cette dernière travaillait à la BAD à Abidjan.

Le lundi 4 décembre 1989, avant d’aller à l’aéroport emprunter mon vol, je fis un tour au bureau pour dire au revoir à mes collègues et surtout à mon DG qui, au lieu de m’encourager, me dit: «à ce soir ou à demain car je suis sûr que tu te fera refouler de Libreville…». J’esquissai un petit sourire, une manière de lui dire: «vous avez tort mon cher Claude».

La passante de Baudelaire


Une fois dans l’avion, mes yeux se posèrent sur une très belle femme, une hôtesse remarquable. “Intuitivement je me dis, voilà une future amie, il y aura contact entre celle-là et moi… !”
Une quinzaine de minutes après que l’avion ait pris son envol, je ne quittais toujours pas des yeux notre belle hôtesse. Je tenais à l’aborder, mais comment ? Il fallait le faire discrètement, en gentleman…. Je remarquai qu’elle me regardait aussi avec un brin de pudeur…. Comme  on dit à Abidjan: «elle me volait pour me regarder….»
A ma grande surprise, elle fit le premier pas en s’approchant de moi pour me dire en souriant : «dites-moi cher monsieur, vous connaissez des célébrités vous, je suis sûre que vous êtes attendu à Libreville avec un accueil digne de ce nom…! Soulagé que j’étais, je lui répondis: Comment ça ?
– A regarder les enveloppes que vous avez en main, vous devez être de la haute sphère ! 
Le moment était heureux ! En fait, elle avait eu le temps d’éplucher toutes les écritures en feutre noir sur mes 4 enveloppes ; .entre autres ( M le PR de la République Gabonaise, SE O BONGO, Mlle A BONGO, Mme M-L GONDJOUT Présidence de la République, Mme MYBOTO Présidence de la république..)
Avant même que je ne lui réponde, elle me fit changer de place en me mettant sur le siège côté issue de secours dans une rangée réservée aux hôtesses et aux stewards. Ainsi nous étions face-à-face, entre la poire et le fromage !
Ce manège a soulevé un brouhaha mi-moqueur, mi-enjoué de mes voisins béninois, qui nous scrutaient ( parlaient en fan et rigolaient…).
Elle finit par se présenter : “je m’appelle Halima, de nationalité tchadienne” -Enchanté, Balla Moussa KEITA, je suis de l’agence qui édite votre journal de bord « le Balafon ». 
Dès qu’elle se leva pour le service en cabine, un des jeunes béninois, sur un ton badin, me dit avec un sourire narquois : «mon frère, vous avez la chance , vous avez eu femme sans effort, elle ne vous lâche pas hein… ». nous rigolâmes tout en acceptant qu’entre béninois et ivoiriens, il n y a pas généralement match dans ce domaine.
Halima et moi échangeâmes tout le long du vol. Et quel vol ! Je ne l’oublierai jamais tellement elle était aux petits soins. Ce qui ne me distrayait point car dans ma tête, j’échafaudais la stratégie à adopter à l’aéroport Leon Mba de Libreville pour éviter que l’on ne  me refoule.

Trente minutes avant l’atterrissage, Halima est venue me dire que le commandant souhaiterait faire ma connaissance. Quelle époque ! Le terrorisme n’avait pas encore pignon sur rue et l’on  pouvait se faire inviter dans le cockpit. Tout en échangeant avec le commandant et son copilote, j’appréciais la ville de Libreville et son littoral mais surtout la dextérité avec laquelle ils ont atterri… Ainsi je venais d’être témoin d’un atterrissage. Quel privilège !

Je pris congé de l’équipage, remercia infiniment Halima, qui n’était pas pour moi la passante de Baudelaire puisque  rendez-vous était pris pour nous revoir sur Abidjan. Mais sur l’instant, je ne pus ne pas ressentir la portée de ces vers du poète français:

« Un éclair… puis la nuit!

Fugitive beauté

Dont le regard m’a fait soudainement renaître,

Ne te verrai-je plus que dans l’éternité? »


Une fois dans l’aéroport pour effectuer les formalités de police, les autres passagers et moi, entendîmes une voix, sur un ton martial, nous demandant de faire la queue.  Je mis aussitôt ma stratégie en exécution; disposer mes enveloppes les unes sur les autres afin que le nom des destinataires soient bien  lisibles. Quand fut arrivé mon tour, je fis exprès de faire tomber mes enveloppes. Un policier qui faisait le filtre essaya de se baisser en même temps que moi pour les ramasser et vit les noms qui allaient tout changer pour moi !

L’invité de la présidence


-Tenez, dit-il, vous êtes-ici pour la présidence ? Sans hésiter, je dis oui. Il me suivit jusqu’au guichet et dit à son collègue, en brandissant mes enveloppes, que j’étais l’invité de la Présidence. Sans répliquer, j’entends un coup. On venait de mettre sur mon passeport  « Visa de courtoisie pour affaires ». Je remerciais Dieu ! Enfin mon DG ne verra pas ses vœux exaucés…
Le même policier m’assista pour récupérer mes bagages, m’accompagna aux taxis ! Il me mis dans un taxi, releva le numéro et dit au taximan sur  un ton ferme : «c’est un invité du Gabon, tu as intérêt à le conduire à Novotel Rapontchombo sans égratignure. En cas de pépin, j’ai ton numéro». Il me souhaita bon séjour au Gabon et je le remerciai. 
Quand j’ai fini de m’enregistrer à la réception de l’hôtel, j’ai demandé à voir le directeur. On me fit comprendre qu’il était déjà rentré chez lui et de patienter jusqu’au lendemain matin. Il était alors 20 heures à Libreville.
Le bagagiste m’accompagna à ma chambre, je me disais que j’allais enfin bien dormir pour un repos bien mérité. Mais une fois la porte refermée sur moi, ma fatigue se dissipa quand je me suis souvenu que je n’avais que 100.000 FCFA pour hébergement, nourriture, transport et divers. Comment faire ?
Il fallait nécessairement rencontrer le directeur de l’hôtel pour lui proposer l’échange de marchandise ( le troc ). C’est-à-dire l’achat de pages publicitaires à paraître dans la revue Air Afrique. En contrepartie, l’hôtel m’hébergeait. Très tôt le matin, sans avoir fermé les yeux, j’étais au secrétariat du dg. A 7h du matin, celui-ci me reçut  et accepta ma proposition, nuitées avec hébergement et restauration inclus ! Je pouvais enfin prendre un bon petit déjeuner, ce qui allait plus ou moins compenser ma nuit blanche.

Après avoir bien mangé, je devais me rendre au siège d’Air Afrique pour rencontrer le Représentant.  L’homme qui me reçut venait à peine de prendre fonction, il n’avait même pas encore pris contact avec les autorités gabonaises. Il me souhaita la bienvenue et se présenta:
-Je m’appelle Louis PORTELLA, je suis arrivé il y a quelques jours, et je suis en attente de rendez-vous pour voir les autorités. 

Le catamaran Akewa Jet est l’un des trois transporteurs reliant Libreville à Port-Gentil.

 


Le sésame du super ministre


Je me présentai à mon tour et lui expliquai le bien fondé de ma mission : “je suis venu prospecter le marché gabonais pour de la publicité, sauf que l’espace du Gabon est interdit aux magazines étrangers. J’ai deux  de mes collègues qui ont été refoulés pour avoir essayé». 
Il me rassura : «vous viendrez avec moi dès que j’obtiendrai mon rendez-vous avec Mr Myboto, c’est mon ami d’enfance. En attendant je vais vous donner la liste des entreprises qui collaborent avec nous, afin que vous échangez avec elle…».
Avant de le quitter, il ordonna à son assistante de faire diligence pour le rendez-vous auprès de Mr Myboto.

Ce soir-là, 5 décembre, de retour à mon hôtel, le réceptionniste me tendit une enveloppe, avec dedans une feuille sur laquelle on peut lire: «Mr KEITA, merci de venir demain matin au siège d’Air Afrique pour un rendez-vous prévu à 10h avec le Ministre Myboto». 
Les étoiles étaient entrain de s’aligner !
Mr Myboto était l’homme fort du régime Bongo; il était le super Ministre de la Communication, Des postes et télécommunication, Chargé des relations avec le parlement et enfin Secrétaire général adjoint du PDG, le parti au pouvoir.

Arrivé au Ministère de Mr Myboto, ce mercredi 6 décembre, l’ascenseur était en panne. Nous devions monter les étages par les escaliers. Une fois là haut, on nous annonce que Mr Myboto était  absent, urgemment appelé par le président mais il  a insisté pour que nous l’attendions. A deux ou trois reprises, nous avons tenté de rentrer pour revenir une prochaine fois, mais impossible. Finalement le Ministre Myboto est revenu vers les 14 heures ( 4 heures d’attente ) et aussitôt il nous reçoit. 
Les deux amis d’enfance se mirent à parler pendant plus d’une heure de temps, de leurs vieux souvenirs – Te rappelle tu de la dictée ou j’ai eu 10/10 ? – et toi, te souviens tu du bon prix que j’ai obtenu ?..et le père X  qui officiait le catéchisme…etc. Que c’était beau de voir et d’écouter des amis de 50 ans ! Les deux m’avaient totalement oublié, tellement ils étaient dans les souvenirs d’avant l’indépendance. Le  Certificat d’études primaires (CEP) se passait à Brazzaville, alors capitale de l’Afrique Equatoriale Française (AEF). C’est ainsi que l’élève Zacharie Myboto du Gabon a fait la connaissance de Louis Portella du Congo. C’est pendant leurs échanges que j’apprendrais le petit nom de M Portella,  “Aimé”,  comme l’appelait M Myboto. 
Enfin, on se souvient de ma présence ! – “Tiens Zacharie, excuse moi je te présente M KEITA qui édite le magazine Air Afrique, merci de lui accorder la permission de prospecter”.
M Myboto se tourna vers moi, et me dit sur un ton paternaliste: “Jeune homme, que vous êtes né sous de bonnes étoiles, vous faire accompagner chez moi par Aimé ! Vous avez de la chance”. 
Il se leva du petit salon, se dirigea vers le téléphone et donna l’ordre: merci d’envoyer une circulaire pour informer les différentes directions de la présence de M KEITA pour prospecter l’espace publicitaire gabonais”.
Il raccrocha et revint s’asseoir près de nous en me disant: “vous pouvez commencer déjà, vous aurez une copie après…!”
Enfin toutes les étoiles étaient alignées pour une mission réussie.


Le soir, j’appelle enfin Abidjan pour faire le point à M Claude Matarasso et sa réponse fût foudroyante de pragmatisme : “mon Balla Moussa, il te reste à faire du chiffre… l’argent rien que de l’argent, c’était ça son problème. Profitant de ma bonne position, je lui ai dit que pour réussir, il me fallait encore 200 000 fcfa . Ce qui fût transféré en 24heures !

Jeudi 7 décembre, j’ai commencé ma prospection. En 2 semaines, j’avais signé pratiquement tous les grands hôtels, restaurants, agences de voyage. J’ai rencontré pas mal de personnalités. A commencer par les destinataires des fameuses enveloppes; j’ai été reçu à la présidence. Mlle Bongo est passée récupérer le poster de sa fille. Son passage à mon hôtel fut sensation, créant le trouble chez certains réceptionnistes, qui se disaient que je passais souvent des nuits au téléphone.

Effectivement ces coups de téléphone étaient destinés aux restaurants et aux night clubs dont les patrons n’étaient joignables que tard dans la nuit. Certains avaient conclu : il reçoit la fille du Président et passe des  coups de fils nocturnes, donc agent des  RG  à la solde du pouvoir. Mais ils ont vite de se rassurer quand ils surent que je prospectais les entreprises de nuit et que sous mes dehors de dandy à l’ivoirienne, se cachait l’une des plus vieilles motivations du monde depuis la découverte de l’imprimerie : vendre de l’espace. Et cela passe par les relations humaines

Je puis vous dire que j’ai tissé beaucoup de relations avec diverses personnalités dont avec René, un Corse à fier allure,  propriétaire du restaurant “l’Imprévu”, alors incontournable dans le paysage des  librevillois branchés. René m’invitait dans les milieux européen comme africains. Il possédait des chalets au Cap Esterias, à la frontière de la Guinée Équatoriale, un endroit touristique, très paradisiaque en bordure de mer. J’ai été témoin à 2 reprises de la visite inopinée vers 23 ou minuit du Président Bongo dans le restaurant “Imprévu ”pour venir manger du steak. Une habitude qui inspira une tendance dans certains milieux.  L’on mangeait alors du steak pour combler son besoin d’appartenance à la haute. 

Port-Gentil par mer et par vaux


Le 24 décembre de l’an de grâce 1989,  je devais partir pour Port-Gentil afin de prospecter les entreprise pétrolières. Le voyage devait se faire par bateau dont le nom était « Ekwata ». Quitter le quai fut un parcours de combattant car en ce jour de vacances et de célébration de Noël, les étudiants avaient  pris d’assaut le bateau  d’où la surcharge. Après plusieurs tentative,s afin de respecter le nombre de places requis, le bateau bougea Cahin-caha. Arrivé à Pointe-Denis, un estuaire réputé pour ses belles plages, au large de Libreville, on a failli sombrer…
L’on a dû faire appel à l’armée pour venir mettre de l’ordre. Que faire,  descendre ? A la tête du client. Un moment il y eut quelqu’un qui cria: «descendez les étrangers». Les policiers commencèrent le contrôle. Arrivé à mon niveau, un policier me demanda mes papiers parce que je l’avais vu auparavant avec un passager qui m’indexait. Au moment où je m’apprêtais à présenter mes papiers, une voix l’interpelle – Non pas lui, laisse le ! Je me retournai vers le Monsieur, il était en uniforme avec des galons, c’était le chef, qui s’était fait dire que j’étais proche de la présidence. Il n’y avait pas encore de téléphone, mais la communication africaine, appelée Radio Kankan en Afrique de l’Ouest, marchait bien sur la bordure de l’Equateur. Je dis merci à mon sauveur  qui  me répondit avec un sourire furtif voulant dire : « je connais qui vous êtes et pourquoi vous êtes-là». Ma bonne étoile venait de me sauver !!! Nous avons perdu plus de 3heures. 

 

Les relations humaines, le premier capital


Nous arrivâmes à Port-Gentil à 15heures. Depuis Libreville, j’avais négocié ma réservation, en échange marchandise, à l’hôtel Meridien Mandji dont le directeur, M.Homel, était l’ancien dg de l’hôtel Tiama à Abidjan. Il m’a très bien reçu et m’a introduit auprès de 3 dirigeants d’entreprises qui m’ont donné leur accord de principe. Le soir venu, après le buffet organisé à l’occasion de Noël, il me fit déposer devant le dancing le plus sélect d’après lui dont le tenancier, un congolais de Brazzaville, faisait danser autochtones et expatriés aux sons de Kanda Bongo Man ou sur l’air irrésistible de «La isla Bonita » de Madonna. Il était devenu mon ami de tous les soirs.
Mon séjour de Port Gentil fût un succès car j’ai pu signer des contrats avec 3 compagnies pétrolières dont Elf qui avait pour chargé de Communication un certain M Moussavou, un vrai gentleman, dont l’épouse était Ministre. Il est resté un ami sûr….
Le jour où je suis parti récupérer un contrat avec une grande entreprise de bois dont le dg était passé à mon hôtel, j’ai été reçu par une tchadienne qui était l’assistante du dg . Elle s’appelle Zeinab … qui l’eût cru, je ne  rencontrerai de nouveau  cette dame qu’en en plein New York,  en 2015, après 26 années qui ont vu l’Afrique passer des fièvres des ajustements aux bourrages des émergences ! Je vous raconterai une prochaine fois les circonstances de notre rencontre. 


Le 31 décembre, j’étais sur le chemin du retour pour Libreville, toujours par le bateau Ekwata.  Pour mon second séjour à Libreville, j’ai élu domicile à Okoume Palace battant pavillon Intercontinental.. Dans ma chambre, j’ai trouvé 2 enveloppes : – la première m’avait été adressée par l’hôtel en guise de bienvenue, accompagnée d’un panier de fruits et d’un gâteau ! – la deuxième était une invitation pour la nuit du nouvel an chez M Boniface Assele patron d’industrie touristique, beau-frère du président. C’est sa fille, Angel Assele,  une grande amie,  qui m’avait invité…
L’amitié entre le Gabon et la Côte d’Ivoire date de très longtemps, c’est je t’aime moi non plus ; elle est jalonnée de beaucoup de rivalité : les étudiants des 2 pays avaient les bourses les plus élevées. Les étudiants gabonais narguaient toujours les étudiants ivoiriens parce qu’ils s’estimaient plus riches. Sauf que leurs filles, les gabonaises, préféraient les ivoiriens ….. on dit toujours que chaque ivoirien a sa gabonaise… L’inverse est certainement vrai entre ces deux peuples qui sont en fait les mêmes, présentent le même sens de l’hospitalité et de l’amour de l’Afrique.  
La soirée fut belle chez les Assele,ce futs  une des plus belles fêtes de fin d’année qu’il m’a été donnée de vivre.  Non seulement j’avais plus que réussi ma mission mais j’étais mis à l’honneur par cette hospitalité africaine qui met toujours l’étranger à l’honneur.
Le 1ee janvier 1990, jour de l’an,  la fête devait se poursuivre au St Germain, l’une des boîtes les plus classes tenues par 2 frères de nationalité sénégalaise: Abdou et Serigne, deux frères  qui m’ont été d’un grand conseil pendant mon séjour. Abdou et Serigne connaissaient tout le monde mais ne pouvaient pas faire une journée sans Thieboudiène et devaient impérativement, entre deux zaïroises, musiques dominatrices de l’époque, placer un son du Mbalax, cet air sénégalais qui avait le don de les sublimer en quelques minutes. En Afrique, les relations humaines ont leur pesant …. Abdou et Serigne m’honorèrent en bons africains car j’étais leur étranger.

Le samedi 6 janvier 1990, j’ai quitté le Gabon avec le sentiment du devoir accompli.Le lundi 8 janvier, Claude Matarasso m’accueillit avec bonheur et honneur, car ayant misé sur 8 millions, je lui rapportais 14 millions 800 mille fca. Il convoqua une réunion et fit part de mon exploit à tout le personnel. Il décida sur le champ que toute personne qui ferait un chiffre d’affaires au-delà du montant imposé, recevra 150 000 f de prime. 
Je venais d’acheter mon respect dans l’agence AAP. Fort de ce succès, ma cote de popularité était montée en flèche.

En conclusion, la confiance en soi, le courage et non la témérité sont les ingrédients de la réussite ! Le Gabon était devenu mon pays, car j’y allais chaque année pendant 4 ans.



7 COMMENTS

  1. Homme de 37 ans et pas forcément fan de lecture, je suis tombé par le plus grand des hasards sur cette somptueuse chronique qui m’a fait voyager dans une Afrique et dans mon Gabon des années 80 que j’aurais voulu mieux connaître.
    J’ai vraiment été emporté par cette histoire magnifique et instructive à tel point que j’ai été aussi poussé à lire: « Voyage au pays Sarakolé » qui est une chronique tout aussi captivante.
    Dès lors, j’attends avec impatience celle relative à votre rencontre, 26 ans après, en plein New York, avec Dame Zeinab.
    Sur ce, je tire mon chapeau à ce stratagème qui su user de ses relations et surtout de ses « enveloppes  » pour ne pas se faire refouler à l’aéroport de Libreville…

  2. Sten Georges a tout dit, nous avons tous les deux été captivés. Je suis moi aussi impatiente de lire cette histoire avec la jolie Zeinab 26 ans plus tard…

  3. Tres intéressant et captivant votre récit, je chercherai à lire absolument le voyage au pays sarakole.
    Mais impatient De connaître de plus l histoire de la charmante zeinab à new York, et également celle de halima

  4. Très belle chronique avec des anecdotes bien africaines. Pour moi qui suis des 2 pays( Gabono-Ivoirien) je me retrouve à chaque fois dans le côté Ivoirien et dans le côté gabonais.

  5. Le bonheur est souvent régis par les relations humaines,
    Chronique captivante qui nous fait voyager dans le temps, tout en me donnant l’envie de découvrir ce beau pays qui est le Gabon

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