Balla Moussa Keita. (Photo Vincent Fournier).

Les aventures du prince Mandingue Balla Moussa Keïta

Après avoir enchanté les internautes par ses aventures le long des berges intrépides du lac Tanganyika, son voyage à Brazzaville des trois glorieuses, les fastes et festins du Zaïre des 3Z et, entre autres, les folies de Lagos, le prince Mandingue Balla Moussa Keïta, pose les valises au Togo dans un contraste saisissant de ce que la Suisse d’Afrique était du temps de Eyadéma et de ce qu’elle est devenue aujourd’hui à l’ère des test PCR. Sillonnant l’Afrique avec dans sa besace, les trois « Oirs », héritage paternel puisé dans la sagesse Mandingue, Balla Moussa Keïta nous interpelle sur la douceur surannée de l’Afrique d’autrefois, plus humaine, plus chaleureuse et moins coincée que l’Afrique surchauffée par le soleil des émergences. Lisez Balla Moussa au Togo.


Être refoulé de Brazzaville n’était  pas mon choix. par contre, être expédié vers Lomé était mon désir car cette ville, pour ne pas dire le Togo dont elle est la capitale, fait partie de ma vie. Le Togo est l’un des tous premiers pays que j’ai visité au monde, le pays où pour y aller, j’avais emprunté mon premier vol Air Afrique sans compter les voyages effectués tout petit avec mes parents sur d’autres compagnies.  Aussi, à part les internats connus au collège et lycée, c’était la première fois que je me retrouvais dans un pays, une ville où je n’avais aucun parent.
Pourquoi Lomé ? Il fut un moment où mes parents étaient inquiets par rapport à mon avenir,  non pas que je n’étais pas intelligent ou que je ne prenais pas mes études au sérieux. D’ailleurs sur mes bulletins scolaires,  il était toujours écrit : «élève très brillant», terme souvent accompagné  de qualificatifs suivants : «Récalcitrant, canaille…»
J’ai été tellement traumatisé par l’adjectif «Canaille» qu’il est devenu le premier que j’ai connu comme étant toujours au féminin, peu importe le genre. Rires …
On s’inquiétait pour moi parce que j’ai eu le tort d’être un enfant éveillé précocement, qui s’intéressait à tout : au scoutisme,  à la danse, au sport, qui aimait lire les magazines de l’époque ( Salut les copains, Ici Paris, Tropic… )qui nous donnaient des informations sur la vie des stars en Europe et dans le monde tels que James Brown, Luis Armstrong, Aretha Franklin, les Beatles, les Rolling Stone, Johnny Hallyday, Elvis Presley, Claude François et ses Claudettes , Sylvie Vartan, Manu Dibangu, Fela Kuti….j’en passe. 

A travers ces médias,  nous apprenions quelle était le genre musical , la tenue vestimentaire en vogue ( les pattes d’éléphant, appelées par d’autres gauchots, les  hauts talons ou tête de nel ), les pas de danse ( jerk, pop-corn, jazz….). Aussi  la radio diffusion prisée a l’époque était la Voix de l’Amérique qui diffusait des émissions tel que Maxi-Boom-Boom ( musicale ), A livre ouvert ( littéraire), et des journaux parlés.  

Ces émissions faisaient la fierté des jeunes africains que nous étions car elles étaient toutes animées par les africains : Georges Collinet d’origine camerounaise, Idrissa Seydou Dia d’origine sénégalaise. Roger-Guy Folly d’origine togolaise. Oui, c’était a travers ces médias que notre culture générale se fera en parti. C’était la période où j’entendais «Black power, I am Black and proud»( James Brown). L’on s’informait sur les Black Panthers et sur les figures emblématiques comme celles de l’africaniste Stokely Carmichael, du leader des Black Muslim Élijah Mohamed, de Luis Farakhan… Sans oublier le grand boxeur de tous les temps, Cassius Clay devenu Mohamed Ali, Berry Gordy, fondateur de la célèbre maison de disque Motown, qui a participé de façon decisive à l’intégration raciale dans le monde musical…bref, je reviendrai un jour sur cette période où les jeunes africains utilisaient et usaient de « dédicaces » car chacun voulait entendre son nom à la VOA, qui recevait et diffusait des lettres de dédicace de l’Afrique vers l’Afrique.

Je n’oublie pas que nos chambres et dortoirs étaient ornés de posters de grands artistes que nous découpions dans les magazines cités plus haut. Sans oublier que tout le monde ou presque possédait un cahier de chants ! Oui il fallait connaître et savoir chanter les grands titres de l’époque, pour ne pas se faire taxer de… En sus, nous apprenions a travers les manuels scolaires, à l’école, au Lycée, et à l’université, l’histoire et la géographie du monde, en passant par la connaissance de notre continent l’Afrique. Nous étions une génération assoiffée de savoir, ouverte sur le monde, dont la force était la culture générale. Souffrez qu’abreuvé précocement de cette richesse culturelle, politique, de la période, que je ne puisse, une fois adolescent, continuer à m’ouvrir, et à recevoir des autres…. Hommages à ma chère mère qui, issue d’une famille qui avait vogué sur toutes les mers, ouverte sur le monde, était toujours présente pour m’offrir tour à tour phonographe, magnétophone, appareils tri combinés, des disques vinyles et autres… A chaque boom ou soirée dansante dans mon quartier, j’ai toujours été sollicité pour prêter mes appareils, disques et cassette pour l’animation. Je ne remercierai jamais assez cette mère qui m’a tout donné, et qui a subi à cause de moi, parce que taxée d’avoir fait de moi un enfant gâté… Je n’ai manqué de rien. Je t’aime maman, car tu m’a donné et m’a appris à donner l’amour, à faire du bien pour l’autre sans rien attendre en retour. Paix à ton âme, femme à la générosité légendaire !!!

Ce qualificatif d’enfant éveillé m’a joué des tours. Bien que mon père était intellectuel, il restait très attaché à la culture Mandingue. Il était obligé à un moment de prendre en compte, en partie, tout ce que l’on racontait à mon sujet, surtout par nos griots. A savoir que quand je marchais la tête haute, je ne regardais que le ciel, donc trop ambitieux ( ce qui est mal vu, signifiant que vous voulez dominer les autres ), que je fréquentais les boîtes de nuits, en plus que j’aimais faire le “blanc” et… c’est ainsi qu’il a été décidé de m’éloigner d’Abidjan, de mes parents, pour que je puisse mieux me consacrer à mes études. Il fallait surtout m’envoyer partout sauf en France, parce que là-bas, j’allais marier une blanche, et aussi j’allais boire de l’alcool, un sacrilège, donc pas question. Quelle aberration ! Là j’ai compris qu’il ne fallait pas être brillant trop jeune dans notre société africaine, cela peut s’avérer handicapant, vous devenez la cible de la société, on vous a à l’œil. Si possible, l’on fera tout pour empêcher votre uascension. Avec des propos : « Il veut nous montrer qu’il est le plus intelligent. À notre tour, on va lui montrer de quoi nous sommes capables, il ne commandera pas, ne dépassera pas nos enfants… ».

Combien d’enfants brillants, intelligents, ont échoué par jalousie, par aigreur, tout simplement par méchanceté ?… une des tares de la société africaine. Pour avoir été marqué par ces situations, je n’arrêtais pas de toucher le ventre de ma compagne quand elle était enceinte de mon fils, priant : « Dieu fasse que mon fils ne soit pas brillant afin qu’il évite le mauvais œil, qu’il n’attire pas l’attention des personnes malveillantes sur sa personne. En un mot qu’il vive « incognito ». N’avez-vous pas remarqué que souvent, l’enfant qui était traité de vaurien, celui à qui on prédisait un avenir sombre, est celui qui réussit finalement. Tout simplement de par son attitude nonchalante indolente , paresseuse, il arrive à se faire oublier, à passer par les mailles du filet de ces personnes qui ne souhaitent pas la réussite de l’autre…. Ainsi, la décision finale de ma destination pour mes études fut Lomé en 1976.

Lomé, la cosmopolite ….

En 1977, le Pacha club, la boîte de nuit que je fréquentais à Abidjan pris feu avec 42 morts…Quelle montée d’adrénaline pour les miens ! Le fait d’être allé à Lomé, au Togo, fut salutaire. D’ailleurs les vacances qui suivirent, mon père m’accueillit en me disant : « j’ai de la lecture pour toi…. », c’étaient les différents articles sur l’incendie du Pacha Club. Par ce geste, il voulait que je mesure la gravité des faits, afin de prendre conscience. Le Togo m’a permis d’élargir mes horizons. A Lomé, L’U B, Université du Bénin ( aujourd’hui appelé l’université de Lomé), était le creuset des nationalités et d’organisations sous régionales africaines. Toute la communauté ouest-africaine était la, on rencontrait les gabonais, les congolais, les camerounais, etc… l’université accueillait des étudiants de différents horizons, le Togo était appelé la Suisse de l’Afrique, avec son ouverture sur les autres pays qui faisait que l’on sentait un frétillement politique, surtout culturel, car c’est à Lomé que j’ai vu et rencontré pour la première fois des célébrités comme le cinéaste feu Sembène Ousmane, le grand saxophoniste Manu Dibangu, la talentueuse chanteuse et africaniste, Mama Africa, j’ai nommé Myriam Makeba, sans compter les Louis Kemayo, Grégoire Lawani, le Bembeya Jazz national de Guinée… l’Hôtel de la Paix qui recevait tout ce beau monde était un des plus beaux hôtels de la sous région ouest-africaine, il abritait une boîte de nuit célèbre appelé le’ Lawa night ‘ qui a vu défiler des sommités.

Le Lawa était la boîte nuit qui organisait tous les dimanches, la matinée dansante pour la jeunesse. Pour y accéder il fallait débourser 400f cfa, ce qui n’était pas a la portée de tout le monde. Donc comment faire ? Souvent nous inventions des histoires à dormir debout au portier pour qu’il nous laissât rentrer ; quitte à lui dire que la personne qui avait l’habitude de nous envoyer le mandat s’est cassé la jambe, ou qu’elle est morte hier soir…Que de balivernes ! Il nous croyait et nous laissait rentrer. Ce portier s’appelait M KOLANI, il disait qu’il était de Dapaon, au nord du Togo. Une fois dans la vie active, j’ai effectué plusieurs voyages au Togo, et j’en ai toujours profité pour rechercher certains de mes bienfaiteurs de l’époque, mais jamais je n’ai vu M KOLANI, qui m’avait adopté d’ailleurs car il parlait ma langue ( le malinké ) , le dioula. Puisse Dieu proteger la progéniture de M KOLANI que je n’oublie et n’oublierai jamais.

A la différence de M Kolani, j’avais connu un autre monsieur dans le même hôtel de la Paix, mais cette fois-ci du côté de la piscine-bar qui s’appelait ‘ le Mono’ où j’aimais venir réviser. M GABA, responsable de la piscine, s’agaçait du fait que je passais des heures et des heures avec un verre de grenadine, que je ne renouvelais jamais, donc pas rentable. Le verre ne coûtait que 200f cfa, sauf qu’il oubliait que je n’étais qu’un étudiant sans ressources , mais qui aimait les lieux enchantés… Excédé, il donna l’ordre aux garçons de ne plus me servir. Le destin faisant les choses, M GABA et moi vont se trouver face à face à Pointe-Noire, au Congo, où il venait d’être affecté comme Dg de l’hôtel Atlantique et moi j’étais adjoint au maître nageur de ce même hôtel depuis quelques temps.

Après que je lui ai rappelé son attitude il y a quelques années au Togo, car il ne se souvenait plus de moi, nous fumâmes le calumet de la paix ! Je fus son guide pour ne pas dire son tuteur dans cette ville de Pointe-Noire. Comme si cela ne suffisait pas, en mission pour le compte du magazine Jeune Afrique en 2007, j’ai retrouvé une fois de plus M GABA sur mon chemin à Bamako comme DG de l’hôtel ‘Mandé’ du célèbre footballeur Salif KEITA. Quelle retrouvaille ! Nous échangeâmes des accolades. Il signa aussitôt mon contrat d’échange de marchandises, qui me permit non seulement de passer deux semaines en sa compagnie, mais aussi de faire la connaissance du célèbre animateur de RFI, Juan GOMEZ, qui se trouvait là avec son équipe.

le Pouvoir, le Savoir et l’Avoir

Soyons bienfaisants, courtois, car nul sait de quoi sera fait demain. Ne perdons jamais de vue que l’homme est la richesse, c’est de lui que nous avons le Pouvoir, le Savoir et l’Avoir, le triptyque que m’a légué mon défunt père, paix à son âme ! L’hôtel de la Paix n’était pas le seul, il y avait d’autres coquets hôtels, comme l’hôtel du Bénin, le Miramar… Le Togo avait de respectables adresses en cette époque. Tous les ouest-africains nantis venaient passer le week-end à Lomé. Pas une semaine sans une rencontre internationale: CEDEAO, OCAM, Visites officielles de chefs d’Etat. Des moments festifs et de réjouissances. A l’image du Zaïre qui cultivait l’authenticité, comme une forme d’affirmation et d’émancipation, en bannissant les noms chrétiens au profit des noms d’origine africaine, en créant des troupes d’animation musicale et de danse, le Togo, à travers son charismatique Président Gnassingbé Eyadema qui tissait de bonnes relations avec son homologue et non moins charismatique et charmant, le Président Mobutu, avait aussi ses troupes d’animation. Ah quelle époque de débats d’idées !

Senghor : «l’authenticité est une forme zaïroise de la négritude»

Je me souviens du passage de M Sakombi Inongo, Commissaire zaïrois de l’information à Lomé, où il a affirmé que l’authenticité était universelle et la négritude sectaire. C’était en réponse à notre agrégé Président Senghor qui avait dit : «l’authenticité est une forme zaïroise de la négritude». Le débat est relancé !.. Je me souviens aussi qu’à cette époque, je faisais parti d’un club culturel de réflexion, fondé avec d’autres jeunes ivoiriens, dans le but d’organiser, de temps en temps, des conférences débats au centre culturel français, histoire de meubler nos heures perdues. En son temps, la création de ce club de réflexion nous a posé de sérieux problèmes politiques au niveau de la Côte d’Ivoire. Nous avions été accusés de concurrencer le MEECI ( Mouvement des Étudiants et Élèves de Côte d’Ivoire), affilié au PDCI, parti au pouvoir. Convoqués à Abidjan, et après des explications claires et vérifiées, nous fûmes acquittés. A une conférence, j’ai posé la question à M Tetekpke, un des grands philosophes du Togo, professeur d’université, de m’éclairer,

1- sur les tenants et les aboutissants de l’authenticité ?

2- S’il devait définir ce qu’est l’authenticité, quelle serait la coloration, la teinture de celle-ci ?

Il m’a répondu : «humblement je ne sais pas». Raison politique oblige …

J’ai été accueilli à Lomé par Monseigneur Jean-Marie Akpaki, un prêtre ami de ma famille, qui séjournait chez nous à Abidjan. Ce qui témoignait une fois de plus de l’esprit d’ouverture de mes parents, moi le musulman, avoir pour tuteur un chrétien. Il me présenta à un autre jeune ivoirien dont il était aussi le tuteur, qui s’appelait Kouamé Camille, d’un an de plus que moi, et qui était à sa deuxième année sur le sol togolais. Camille et moi partagions le même studio. C’est à son contact que j’ai appris à aller faire le marché, aussi à faire la cuisine. Au bout de quelques mois, moi à qui on interdisait de rentrer dans la cuisine parce que selon l’éducation Mandinguo- africaine, la place du garçon n’est pas en cuisine, j’étais devenu le roi du ragoût et du riz gras!

Avant de vous parler de ma recette, permettez que je vous parle du grand marché de Lomé ( Assiganmé), pour moi, il était le plus grand, connu par ses « Mama benz », ces grandes femmes d’affaires qui, par leurs histoires de succès, de concurrence font de ce marché le plus coloré( tissus) et le plus dynamique de toute la sous région. Il est le poumon économique du pays après le port autonome de Lomé. De mémoire, le seul marché qui m’a fait penser à celui de Lomé fut celui de Ahmedabad, dans l’état de Gujaratt en Inde…. Le marché de Lomé est situé en plein centre ville, près de la cathédrale sacré cœur, sur deux étages. On y trouve tout, je dis bien tout, malgré qu’il ait connu un incendie qui le ravagea en 2013…C’est dans ce marché que je venais faire mes emplettes.

Ainsi, pour ma recette de ragoût ou riz gras, j’achetais des boîtes de boîtes de pilchard, appelé ‘ tinapa’. C’est ce tinapa que je renverrais sur de l’huile chaude dans une marmite qui dégageait la saveur des oignons et tous les condiments que vous pouvez imaginer. Après dix minutes, je rajoutais de l’eau, suivie de la patate ou de l’igname quand il s’agissait de ragoût et du riz pour le riz gras. Trente minutes plus tard, était servi le ragoût ou le riz KEITA ! Je puis vous dire, il était bien apprécié par mes camarades. Quand la bourse d’étude ne venait pas à temps, je me contentais du gari, qui est une semoule de manioc, sur lequel je rajoutais de l’eau, ou du lait selon les moyens avec quelques morceaux de sucre. Il se mettait à gonfler comme si on y avait mis de la levure, il était prêt à être consommé !

C’est à Lomé aussi que j’ai appris qu’il fallait faire confiance à sa fille, sa sœur, ce qui n’était pas mon cas, et ma grande sœur en avait souffert. Je n’acceptais jamais qu’elle reçoive ses amis hommes à la maison. Aussi, il y eût des moments où je l’enfermais dans sa chambre, quand je sentais qu’elle se préparait à aller à un rendez-vous, à une soirée, où elle était attendue. Que de torts commis à l’endroit de cette sœur, que je continue à chérir pour lui demander pardon, et lui prouver mon regret. Quel vilain petit canard je fus ! Quelle ne fut pas ma surprise quand à chaque fois que je rendais visite à une amie, que ses parents me disaient : « elle se trouve dans sa chambre, vous pouvez la rejoindre» alors que chez moi, se présenter dans la cour de sa bien aimée relevait de la croix et la bannière. Incroyable mais vrai, fort de toutes ces expériences je puis vous dire que c’est à Lomé, au Togo, que j’ai fais mes humanités. Cette ville qui donne l’impression de ne jamais s’endormir, tellement la population est matinale. Très tôt, vous voyez les femmes balayer les routes et trottoirs jusqu’à la limite de la concession du voisin, lequel fait la même chose. Ce soucis de propreté ajoutait un plus à la fière allure du Boulevard circulaire avec ses lampadaires sous lesquels révisaient élèves étudiants.

Comme je l’ai signalé tantôt, l’université de Lomé était non seulement un temple du savoir mais aussi un lieu de brassage et de culture. Par moments, elle se voulait un lieu de contestations, vite étouffées dans l’œuf ; comme ce 22 novembre 1977, quand les étudiants guinéens portèrent tous un brassard noir en signe de protestation contre le régime de Conakry…. Le rectorat les invita tous à cesser immédiatement leur mouvement. C’est aussi la même année qu’en compagnie de certains amis, nous nous rendîmes à Accra pour aller assister à la finale de la Coupe d’Afrique des clubs champions entre le Hafia Club de Guinée et le Hearts of Oak Sporting Club du Ghana….

Seule la longévité nous donne l’occasion d’être témoin du passé pour mieux en parler. Il se trouve que dans l’amphithéâtre de L’ESACJ ( École Supérieure de l’administration et de Carrières Juridiques), le destin m’a donné l’occasion de côtoyer deux futures Premières Dames : la première fut la femme du Président de la Côte d’Ivoire, mais n’a pas connu le titre de première dame, et la seconde est l’actuelle première dame du Burkina Faso. Mais soyez rassurés, l’université de Lomé n’a pas formé que des premières dames. Depuis sa création en septembre 1970, elle a formé de hauts cadres pour le Togo et pour l’Afrique. J’en connais qui sont devenus populaires et célèbres dans leur pays d’origine et pour le continent et dans tous les domaines : politique, diplomatique, haute couture et mode, médecine, etc..

Le Togo, petit pays de par sa surface, a joué un grand rôle dans l’émancipation de l’homme africain. Il a été à l’avant-garde de la création des organisations sous régionales et africaines, en faveur de l’intégration et de la cohésion entre nos états. Pour preuve, les Présidents Gnassingbe Eyadema du Togo et Yakubu Gowon du Nigeria ont été les premiers à poser les jalons de ce qui allait devenir la CEDEAO, en 1975. C’est ainsi que pour son rôle essentiel dans la création de l’organisation et pour ses missions de paix en Afrique, la CEDEAO a décerné le titre d’ambassadeur honorifique au Président Eyadema, ( décédé en 2005 ). Il avait mené en son temps de nombreuses missions de médiation sur le continent : Biafra, Tchad, Niger, Libéria ou Sierra Léone, ce qui lui a permis d’éviter de nombreux conflits. Son dernier grand dossier fut celui de la Côte d’Ivoire en 2002.

Attention au test PCR !

Le Togo peut-il se permettre aujourd’hui, après tant d’efforts fournis pour la libre circulation des personnes et des biens ( charte de la CEDEAO), de laisser la COVID-19 triompher de ses acquis ? Comment peut-on comprendre que le Togo ne s’approprie pas la décision de la CEDEAO qui a demandé à l’ensemble de ses membres d’appliquer un tarif unique et homologué de 25 000 f cfa pour les tests PCR ? Quelle ne fut pas ma surprise, et celle de tous les passagers débarquant à l’aéroport international Gnassingbé Eyadema de Lomé, le 10 septembre, munis de nos tests PCR, de devoir payer, une deuxième fois 25 000 f cfa. Renseignements pris, le Togo ne serait pas seul. Ne serait-il pas souhaitable que le Togo, pays fondateur de la CEDEAO, reconsidère cette pratique qui crée la cacophonie au sein de l’organisation,un exemple de réussite pour le reste du continent ? Le Togo ne serait pas seul. La même « double peine » est appliquée par le Benin. Que deviendrait la CEDEAO si les autres pays en faisaient de même ? La CEDEAO doit survivre à la COVID-19, pour le bien des ouest-africains et pour le repos de l’âme de ses pères fondateurs qui nous ont légué cet héritage !

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