Cap-Vert, petit pays je t’aime beaucoup

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La chanson Sodade qui a rendu Cesaria célèbre auprès du grand public parle du travail forcé des Capverdiens dans les plantations de cacao de Sao Tomé-et-Principe.

Notre globe-trotter Maria Nadolu revient du Cap-Vert et décrit cette belle destination à travers un angle inédit, loin des courbes quantitatives de la presse économique et de la cascade des chiffres contenus dans les power point. Un coup de foudre avec des photos saisissantes.


Par Maria Nadolu,


 

Cap Vert à travers la musique

«L’océan est incertain et changeant comme le cœur de l’homme» dit Sommerset Maugham dans l’Archipel aux sirènes. Au milieu d’un océan, il y a le Cap Vert, «dix grains de sable dans l’Atlantique», chantait  Cesaria Evora.

C’est grâce à la « Diva aux pieds nus » (Diva dos pés descalços), que j’ai découvert ces îles. Dans ma tribu de lumières et de guides vers lesquels  je me tourne par inspiration quand je me retrouve aux carrefours, elle y est aussi depuis que j’étais gamine, elle s’y trouve grâce à son amour, sa simplicité, son authenticité, son courage.

Je me rappelle d’un après-midi ensoleillée avec des grandes fenêtres ouvertes, pendant les examens de fac, où je regardais le ciel, en rêvant de terres lointaines. A ce moment, je me suis dit que je vais la connaître, ou bien, au moins, je vais nager dans son océan.

 

 

Je ne comprenais pas les mots de ce créole capverdien, mais je ressentais une profondeur qui promettait la caresse du vent et la liberté que seul l’océan ou le désert peut te faire ressentir; aussi bien que les couleurs des sensations qui balançaient entre la joie et la nostalgie.
Parait-il que la musique et les paroles façonnent la conscience par le partage d’émotions, d’intentions, et de symboles, même d’une manière transculturelle. « Quand on parle de la musique de Cape Vert, on parle du tout, des difficultés qu’on a au  jour le  jour; de l’immigration, des politiques, de nos souffrances. Et puis, on parle aussi de l’amour, tout cela est  à l’intérieur de notre musique», commentait la diva dans un de ces entretien a la télé française, sa légendaire cigarette collée à la bouche.

Et c’est peut-être cette humanité, exprimée d’une manière simple, franche et poignante qui l’a rendu fameuse autour du monde; car chacun d’entre nous peut se connecter à l’émotion de sa musique «navigant d’une mer à l’autre, soufflé par les quatre vents, cherchant un futur entre les ombres du destin», chantait-elle encore.

Serait-il ce destin qu’elle chante qui m’a fait atterrir sur ses îles,  des années plus tard? Cesaria Evora était  déjà passée dans l’éternité mais son énergie faisait toujours vibrer les grains des sable. Tout en découvrant Mindelo, sur l’ile de Sao Vicente, où la vie paisible et vibrante de Praia, je me suis connectée à l’âme de sa musique en action. Et la musique semble être l’expression de l’esprit  cape verdien, par excellence.

«J’ai la musique dans mon sang», disait Cesaria. Sur les iles on trouve une grande variété de styles musicaux, avec des influences africaines, portugaises et brésiliennes aux rythmes de morna, funana, zouk, cabolove ou kuduro, régulièrement alimentés par de nombreux compositeurs et d’innombrables interprètes. A défaut du mix culturel, et de la poésie on tombe sur quelque chose de complètement inattendu, d’une extraordinaire vitalité.

Près de l’appartement loué dans le centre historique de Praia, il y a avait un graffiti avec le portrait de la Diva, probablement juste pour me rassurer que j’étais au bon endroit. Et du premier moment que je suis sortie dans le soleil brulant, la musique s’est faite sentir.

Au café du coin, où les touristes s’assoient juste à côté  d’un tel écrivain, ou du président du pays, en sortant des maisons colorées sur des ondes gaies, dans les beaux concerts à la Casa da Cultura, dans des restos animés par des artistes incroyables, ou bien simplement dans une chanson  fredonnée par un passant au coin de la rue.
Et en quelque sorte, à mon avis, cette réalité confirme une ancienne hypothèse, celle de l’historien Ruskin qui disait que les nations écrivent leur autobiographie en trois manuscrits: le livre de leurs actes, le livre de leurs paroles et le livre de leur art. Aucun de ces livres ne peut être compris à moins que nous ne lisions les deux autres, mais des trois, le seul digne de confiance est le dernier.
Un des fils conducteurs du livre de la musique au Cap Vert, c’est l’amour pour ce petit pays – « la terre » adorée. Lura, une autre grand voix  de la musique cape verdienne chante «ici on s’amuse bien, avec de gens bien/ viens t’amuser avec nous / oublie les problèmes/ laisse derrière la tristesse / Oh mon peuple bien-aimé, oh force de ma terre/ je t’aime autant / mais le monde s’attend que je partevpour que je revienne».

Cet amour qui anime le capverdien devient  en quelque sorte contagieux. Ceux qui visitent la contrée tombent sous la fascination des îles , l’air exotique où des ethnies et états d’espirit divers se mélangent paisiblement, dans leur propres temps et contretemps ; il y en a entre eux, des rêveurs et des pionniers qui restent ; la majorité a Sal, ou Boa Vista les paradis touristiques; mais il y a qui se retrouvent chez eux sur l’ile de Santiago ou bien Sao Vincente.

«Le plaisir est là chez nous au Cap Vert / Là nous nous sentons au milieu de nos traditions/ Viens auprès de moi pour me serrer fort/ Que je puisse sentir ta chaleur de métisse, ô Cap Vert », chante Tito Paris dans «Danse Ma Créole».

Au carrefour des civilisations, le Cap Vert reste égal à lui-même, tout en étant ouvert à un flux continu de va-et-viens de l’Afrique continentale, de l’Europe, et des Amériques. Par sa  distance des continents, aussi bien que par son histoire, le pays se retrouve assez singulier.

Au moment de l’arrivée  des bateaux portugais au XVème siècle, les iles sans habitants se sont converties dans une colonie de la couronne portugaises, et ensuite l’archipel se transforma en plaque tournante du commerce triangulaire, pour les navires négriers en partance pour les Amériques. Il s’y développa les premières manufactures de cotonnades destinées à ce commerce.

Puis, le XIX siècle voit les baleiniers venus du Massachusetts et de Rhode Island recruter  des matelots sur les îles de Brava et de Fogo. À la fin du même siècle, l’ouverture des lignes transatlantiques fait de  Mindelo une escale privilégiée de ravitaillement. Elle restera jusqu’à la fin de  la  seconde guerre mondiale.

Au temps où elle était toujours sur l’ile, en chantant dans des bars et fiestas, Cesaria elle-même, anima des soirées dans les bateaux de guerre portugais. Poussés par l’espoir d’une vie meilleure, au début du XXème siècle, les capverdiens hissèrent les voiles devenant le plus grand groupe migrant  de la côte Ouest-africaine aux Etas-Unis.

Pendant des années, le Cap Vert a été un pays d’émigration. Le nombre de Capverdiens vivant à l’étranger est estimé à approximativement le double du nombre de résidents domestiques (700 000 Cabo Verdiens vivent à l’étranger, principalement aux États-Unis et en Europe).

La situation est en train de changer récemment avec l’arrivée d’un nombre croissant d’immigrants. Des membres de la diaspora retournant au Cap Vert sont devenus plus impliqués dans le développement de leur pays. Sur les îles, il y a la dynamique d’une jeune démocratie qui apprend depuis les années 75 à  vivre son indépendance tout en explorant les champs du possible en matière de développement.

Le Cap Vert cherche à comment transformer la politique de l’aide publique  des partenaires internationaux en  une politique du développement soutenable, en misant sur les atouts stratégiques offerts par le tourisme, le transport et les services.
Habitués aux difficultés d’une nature forte et aux chalenges des leurs histoires, les capverdiens  transmettent leur résilience et même leur révolte en musique. Des fois, la musique n’est pas un simple divertissement, un « surplus », mais une réelle question de survie. La sècheresse, la famine, le pouvoir colonial, le blues  des immigrants et leur nostalgie, se retrouvent en musique.

La chanson Sodade qui a rendu Cesaria célèbre auprès du grand public parle du travail forcé des Capverdiens dans les plantations de cacao de Sao Tomé-et-Principe. Ou bien, comme une autre fameuse chanson, interprétée par Elida Almeida invoque « Pourquoi le rhume  coule-t-il à flots? /Pourquoi les tavernes ne ferment-elles pas ?/ Pourquoi la pluie ne tombe-t-elle pas drue ?/ Pour que les hommes puissent aller travailler les champs».

Mayra Adrade invoque aussi la pluie dans ces chanson «Mots doux et billets de rigueur/ Intrigues enflammées/ Comme s’il en pleuvait». La providence et la jeunesse ne durent jamais/ Ça je l’ai appris à mes depends/ Donne à present de quoi manger mignonne,/ Gagne ton ciel et me sois bonne », commentait Lura pour LePoint Afrique.

 

 

« Il faut savoir que le funana était une musique de revendication, un rythme interdit pendant l’esclavage, puis sous la colonisation. Ces chansons sont pour moi des photographies du Cap-Vert ».
L’incroyable mix se lit dans les yeux et les sourires des Capverdiens. L’ouverture de gens qui sont habitués à ceux qui viennent, et ceux qui partent – tous en recevant le

fameux « abrazo de morabeza », l’embrassade  de l’hospitalité . « Morabeza», comme ils appellent l’hospitalité, se reflète dans leur rires pleins, les blagues piquantes, la saveur  de la cousine qu’on vous sert en vous recevant en famille, ou bien la joie d’une fille qui danse tout en vous invitant a la rejoindre, le vent de l’océan à l’aube, ou les bandes  de poissons qui entourent les nageurs. C’est tout à fait authentique et instantané.
« Dieu nous mène toujours ainsi/ Dans la paix, l’amour et la tendresse/ Dans la vie il y a des tempêtes/ Le vent du nord/ Le vent du sud/ Mais l’espoir en la mer bleue/ Est pour qui croit/ En son amour » (Esperanca de mar azul). L’océan offre une autre dimension et immense ouverture, aussi bien que le souffle de l’espoir.

 

Maria Nadolu 

 

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