Balla Moussa Keita. (Photo Vincent Fournier).

Par le prince Mandingue Balla Moussa Keïta.


En suivant le fil conducteur de l’héritage spirituel transmis par son illustre paternel et qui se résume par les 3 oirs, « pouvoir, savoir et avoir », le prince Mandingue, Balla Moussa Keita, sillonne l’Afrique depuis les berges calmes de la Lagune Ebrié vers la forêt sacrée de l’Afrique centrale, en pays bantou. Le voici à Pointe-Noire dans la joie de vivre caractéristique de l’Afrique.


Pointe-Noire, ville océane avec ses plages aux noms poétiques comme “la côte sauvage”, la “Pointe indienne” et le “Bois des singes”, pour ne citer que celles là, est située dans le sud-ouest du Congo Brazzaville. Cette ville portuaire s’est développée autour de N’djindji, un petit village de pêcheurs. Elle fut découverte par les navigateurs portugais, qui l’ appelleront ‘ Punta Negra ‘ pour avoir repéré  sur la Côte un éperon de block noir. L’arrivée des français est signalé au 19ème siècle… Poumon économique du pays, elle est la porte d’entrée du Congo, des hommes d’affaires,  des entrepreneurs, des pétroliers… Les habitants de Pointe-Noire s’appellent des monténégrins, monténégrines.

Pour désenclaver davantage,  et moderniser cette ville bordée par l’océan Atlantique,  les autorités coloniales françaises vont décider de créer un chemin de fer pour relier la côte Atlantique au fleuve Congo, ( Brazzaville), mais aussi construire un port.  Les deux travaux commencèrent et finirent à la même date, 1921-1939. Et l’inauguration du CFCO ( Chemin de Fer Congo Océan) fut faite.

Après avoir séjourné dans cette belle ville de Pointe-Noire, dans ce beau pays le Congo pendant 4 ans ( 1982-1986 ), me voici de retour après 4 années d’absence. Au terme de 1h20 mn de vol sur une distance de 645 km séparant Libreville de Pointe-Noire,  l’atterrissage s’effectua dans de bonnes conditions sur l’aéroport Agostinho Neto. Quel plaisir que de me retrouver dans cette ville qui m’adopta jadis et que j’ai fini par  dompter ! 

Pointe-Noire est divisée en deux parties:

d’abord la  «cité indigène». ensuite la «ville européenne», une subdivision qui remonte à l’époque coloniale. La ville était habitée par les colons, c’est là que se trouvaient le port et la gare. A la cité se trouvaient les colonisés. Les deux quartiers étaient séparés par un espace inoccupé,  facile à surveiller. Car, dit-on, les indigènes qui travaillent dans les maisons des colons devaient déguerpir avant 18h, sous peine d’être sanctionnés. La plupart des pays francophones ont connu cette situation pendant la colonisation.

Après l’indépendance, la ville a conservé ses divisions qui au fil des ans sont devenues sociales. Traversé par l’avenue Charles De Gaule , le centre ville autrefois réservé aux colons est aujourd’hui le centre des affaires. Et la cité est toujours restée le quartier populaire où la population autochtone est mélangée à d’autres ressortissants étrangers, dont les ouest-africains,  qui pratiquent et excellent dans le commerce. Ville cosmopolite, à Pointe-Noire, on parle le kituba, le vili, le français, le lingala, l’anglais… Premier foyer industriel du Congo, elle abrite le port, elle est touristique, regorge du pétrole, c’est la capitale économique.

J’ai débarqué dans cette ville de Pointe-Noire, un mois d’août 1982, pour cause, j’avais perdu mon poste de chef du personnel dans une usine de meubles, INADEC ( Industrie pour l’Ameublement et Décoration) à Abidjan. Une autre histoire… !

Et pourquoi le Congo Brazzaville, non un autre pays ? Parce qu’au même moment que je ruminais ma déception,  et que je m’étais résolu à tourner la page,  je tombe sur une édition du magazine Jeune Afrique qui avait pour titre : ‘ Le boom pétrolier au Congo ‘ et comme prédicat,  ‘ tout le monde y trouve son compte ‘. On n’avait pas besoin de préciser lequel des Congo, l’autre s’appelait le Zaïre.

Ironie du sort, je me suis retrouvé 24 ans après,  employé de ce même magazine Jeune Afrique, pendant mon exil français… Qui l’eût crû ?

Une fois les formalités terminées à l’aéroport Agostinho Neto,  mon collègue Aby Innocent et moi empruntâmes un taxi pour la cité, où vivait mon ami Kébé Mahamadou,  celui-là même qui fut premier ami, et que j’avais accompagné à son mariage, à Kayes ( Mali ) dans le pays Sarakolé. Il n’était pas question de prendre des chambres d’hôtel,  car nous devrions passer quelques heures à  Pointe-Noire,  avant de continuer par train à Brazzaville, la capitale politique, où les autorités doivent valider notre mission. Pour être partis très tôt de Libreville, avec une nuit de sommeil dans les yeux, mon collègue pouvait se reposer chez Kébé,  qui nous avait accueilli en bon sarakolé !. Pour mémoire, les Sarakolés sont un peuple du Mali, du Sénégal et de la Mauritanie. Fondateurs de l’empire du Ghana, ils se sont disséminés après la destruction de celui-ci. Islamisés, ils parlent le soninké, de la famille Mandingue.

Dès que mon collègue fut bien installé,  afin de rattraper quelques heures de sommeil,  moi je devais aussitôt me rendre à la gare du CFCO ( Chemin de Fer Congo Océan ) pour réserver deux wagon-lits, pour le départ prévu pour 18h. Ce train, j’avoue que je connais,  pour l’avoir emprunté à chaque fois que je devais me rendre à Brazzaville pour regagner Kinshasa,  durant les quatre années de mon séjour ( 1982-1986 ). Il y avait deux départs par jour ; le premier, prévu pour 6h du matin s’effectuait avec le train appelé ‘ soleil ‘, le second départ, prévu pour 18h, celui que j’avais l’avais l’habitude de prendre avait pour nom ‘ Express’, mais ce n’était que nom !  Pour un trajet de 515 km, ce train express pouvait facilement mettre 12h ou plus, avant d’arriver à destination. Sur le trajet, on n’était eà  l’abri des déraillements, des pannes mécaniques, des heures de départs,  ou le temps de stationnement dans les gares de transit non respectés. En plus comme c’est un voyage de nuit, on peut se retrouver, immobilisés en pleine forêt, dans le Mayombe, sans en profiter. Cette partie magnifique fait partie de la forêt du bassin du Congo, en Afrique Centrale, le deuxième massif tropical après la forêt amazonienne. De nuit, l’on ne pouvait  profiter de ce paysage luxuriant, de ces massifs montagneux d’où jaillissent des chutes d’eau et aux flancs desquelles s’étendent des rivières. La solution que j’ai trouvé pour ne pas vivre toute cette situation cauchemardesque, était de prendre un wagon-lit, si possible m’endormir, et d’être d’aplomb le lendemain, si bien sûr le train arrivait à l’heure. Gare à vous si le train accusait un retard et que vous n’avez pas de provisions sur vous. Il m’est arrivé, au lieu d’être à Brazzaville à 6h ou 8h du matin,  mais à 10h ou 12h, sinon au-delà. Dans ces circonstances ne soyez pas étonnés, dans cette partie de l’Afrique où la terre ne demande qu’à être cultivée, tellement elle est fertile ( 10 000 ha de terre arable au Congo ), qu’au lieux qu’on vous propose à manger,  mais plutôt des paniers en rotin, ou des chapeaux en liane… c’est ainsi qu’une fois les voyageurs affamés ont faillit lyncher les vendeurs de ces ‘pacotilles ‘ , en leur reprochant ceci «  bandes de vauriens au lieux de nous proposer à manger,  vous…’. Ne jamais voyager sans viatique ! Ce qui était aussi avantageux,  en prenant le wagon-lit,  c’est qu’on pouvait prendre une douche avant de descendre du train,  toute chose qui pouvait compenser le temps perdu,  et tout de suite vaquer à ses courses. Dans mon cas, la plupart du temps,  c’était de traverser le fleuve Congo pour aller régler ma situation,  sur le plan consulaire,  car le Congo n’avait pas de représentation diplomatique de la Côte d’Ivoire,  c’est plutôt à Kinshasa,  le Zaïre…

Contrairement au train express,  le train soleil quitte matin,  donc en plein jour. L’ambiance  est tout autre. On apprécie le charme de la forêt du Mayombe, en regardant défiler le paysage,  on aperçoit les plantations, les collines, les feuilles et branches qui laissent entrevoir des personnes travaillant aux champs, souvent avec des femmes,  les bébés aux dos, et par moments des écoliers en uniforme qui courent à côté du train, agitant les mains. L’arrivée à la gare de la ville de Loubomo,  aujourd’hui appelée Dolisie,  se fait sous un soleil de plomb, grouillante de monde qui ne prendra jamais le train,  mais venu tuer le temps. Aussi des vendeurs d’articles et de nourriture vont à l’assaut des voyageurs. Une fois que le train s’ebranle,  le wagon réservé au bar se remplit contrairement aux bars sans âmes des trains en Occident. Les passagers dans ce bar du train soleil palabrent autour des bouteilles de Primus ( la bière locale ), et des plats cuisinés dans de grandes marmites où mijotent viandes et poissons en sauce. Dans cette ambiance, il faut surtout éviter de demander à un voisin de surveiller votre place, si vous devez vous rendre aux toilettes, ou demander de l’aide pour mettre votre valise dans le porte-bagages,  car tout de suite, ce sont des réprobation : ‘ suis-je ton gardien, n’es-tu pas le propriétaire de ta valise..‘. Dans le meilleur des cas, la personne finit  par accepter en soupirant. C’est ça la convivialité congolaise !

Une fois les deux billets en main,  je me devais de préparer mon collègue à l’ambiance et aux  péripéties qu’on était susceptibles de vivre dans le train qu’on allait prendre pour rejoindre Brazzaville.

Au sortir de la gare de Brazzaville située près de la Basilique Sainte Anne et du stade Félix Eboué, dans la commune de Poto-Poto, le chauffeur qui nous attendait, nous conduisit à l’hôtel Olympique Palace. En témoins de l’histoire,  c’est dans cet hôtel que nous allons assister pendant notre séjour au bombardement de l’Irak par les alliés,  et à a la conférence nationale souveraine. N’empêche que notre mission se passa, sans que la situation politique ne l’impacte.  C’est ainsi qu’après avoir eu le feu vert des autorités compétentes,  dont la chambre de commerce,  on nous imposa de travailler avec Afrimedias ; l’agence de communication et de presse, qui contrôle et encaisse 15% sur tout chiffre d’affaires, encaissé sur les entreprises ayant

souscrit un contrat de publicité. Afrimedias, était la seule agence de l’état, qui avait le monopole, et régi par le parti unique,  le PCT ( Parti Congolais du Travail, ), d’obédience marxiste-léniniste, dont le sort était en train d’être réglé par la conférence nationale…

Brazzaville, capitale du Congo, est située sur le fleuve Congo, avec ses quartiers  mythiques et populaires, tels que Bacongo,  Moungali, Poto-Poto, Wenzé, et j’en passe. Une  ville qui met en exergue la dramaturgie congolaise à travers la sape, la danse, le rythme  et la bouffe ! Dressée en face de Kinshasa capitale de la République Démocratique du Congo, comme pour s’affronter dans un duel pour l’éternité, Brazzaville garde fière allure. Elles sont  les deux deuxième capitales de deux pays souverains les plus proches,  distantes d’ environ1,6 km. Les deux premières sont la cité du Vatican et Rome en Italie, dont l’une est à l’intérieur de l’autre ( la distance entre les points médians, la place St Pierre/ piazza Venezia est environ 2 km ). Pour être venu plus d’une fois à Brazzaville, je me devais de faire visiter certains lieux de cette ville à mon collègue après de dures journées de prospection. Les soirs nous partions à l’assaut de Poto-Poto, quartier réputé pour ses restaurants à la congolaise, avec des tables et chaises disposés en plein air, alignées les unes après les autres sur des centaines de mètres, où se dégagent des fourneaux la fumée à  vous piquer les yeux, et les saveurs à vous faire saliver ! ici on appelle ces restaurants n’ganda ‘, et en Côte d’Ivoire, on les appelle  ‘ maquis ‘ Ah j’oubliais de dire que pour bien savourer les plats succulents de ces n’ganda, il fallait de la bière qui coulait à flot, et la rumba qui résonnait ça et là! Mon collègue qui n’avait jamais vu un tel spectacle, s’immobilisa devant un n’ganda , qui a pour nom : ‘ Bakala Kitoko ‘, qui veut dire en lingala ‘ le bel homme ‘. 

Ici venir manger rimait avec la sape ( Société des personnes élégantes ). Dans ce n’ganda bakala Kitoko le spectacle est tout autre, car c’est le défilé de mode qui prend le dessus : au son du morceau fétiche ‘ Proclamation ‘ du chanteur Papa Wemba, qui fait l’éloge de la sapologie, tour à tour, et de table en table, chaque candidat se lève,  ouvre sa veste pour exhiber  la marque, soulève le pied pour mieux faire apprécier ses chaussures et chaussettes. Ainsi les candidats se suivent en s’étirant avec des cravates qui suivent descendent jusqu’aux genoux sur des chemises aux couleurs vives et électriques,  a vous aveugler.  Tout geste est démonstration , et demonstratif ; soulever sa fourchette,  croiser ses pied, ou compter le nombre de casiers de bière vidés pour se mesurer à  l’autre, car ici la concurrence du plus grand buveur doit  être proclamer champion de la soirée.  Ainsi va l’ambiance à Poto-Poto !… Mon collègue et moi avions  pris le temps de commander du liboké ( poissons assaisonné et cuit à l’étouffé ), avec du saka-saka ( sauce feuille ), du makayabou ( poisson fumé), comme accompagnement, du makondo ( la banane plantin ) appelé aloko à Abidjan. Après qu’on se soit bien régalés, du ventre et des yeux,  nous prîmes congé  dans un fou rire, qui nous inonda de joie et de bonheur, avec l’espoir de revenir à n’ganda bakala Kitoko !!!

Le lendemain matin, un dimanche je proposai  à mon collègue d’aller visiter l’un des plus beaux et des plus emblématiques des sites, situé à 75 km de Brazzaville ; les chutes de Loufoulakari, des cascades dans la région de Pool. Ce site qui est une perle naturelle à été révélé par le chanteur Youlou Mabiala qui l’a loué  pour ses attraits magnifiques à cause de la puissance et de la symphonie pénétrante de ses eaux. A Loufoulakari,  si on arrive, à  s’y rendre, car pas mal de piste, on a toutes les options : campings, baignade, randonnées,  et plusieurs activités possibles et inimaginables s’offrent à vous sans un cadre idyllique. Ici c’est la nature qui s’impose dans sa puissance et sa beauté, en offrant un spectacle qui nous inspire et nous commande à l’humilité.  

Je pouvais enfin retourner sur Pointe-Noire pour continuer la mission, en laissant mon collègue poursuivre seul sur Brazzaville. Ainsi après quelques semaines de travail et de loisirs dans cette charmante et chaleureuse capitale, malgré une atmosphère politique très tendue, où de grands déballages de la conférence nationale, animaient la radio trottoir congolaise…

Il est a noter que c’est avec le cœur serré que le Président Denis Sassou accepta la conférence nationale souveraine qui fut donc le résultat des évènements conjugués : Chute du mur de Berlin, Pérestroïka et Glasnost en URSS, conférence de la Baule en France sous le Président Mitterand.

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